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(rfi.fr)Des espèces entières d’animaux sauvages menacées par la multiplication des incendies.

 (rfi.fr)Des espèces entières d’animaux sauvages menacées par la multiplication des incendies.

Tortues d’Hermann, lynx du désert, oiseaux, amphibiens et reptiles… Les incendies massifs qui ont ravagé la planète cet été mettent en danger la faune sauvage à court comme à long terme. Les associations écologistes s’inquiètent de la fréquence de ces catastrophes, imputables à l’activité humaine. Publicité

L’été 2021 a été rythmé par le départ d’incendies hors norme, autour du bassin méditerranéen mais aussi au Canada, aux États-Unis et en Russie. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec), sorti le 9 août dernier, impute leur fréquence et leur intensité au réchauffement climatique et aux vagues de sécheresse, deux phénomènes directement causés par l’activité humaine. En plus de mettre en danger les infrastructures et la vie des populations, ces feux géants fragilisent durablement les écosystèmes, et les populations d’animaux sauvages en particulier.

« Certains feux peuvent être bénéfiques à l’environnement, amorce Céline Sissler-Bienvenu, chargée par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) du secours d’urgence aux animaux lors de catastrophes en Europe. Autour de la Méditerranée, des espèces végétales ont même besoin de leur capacité à régénérer les sols. Mais leur fréquence devient trop importante, et ils impactent à long terme la capacité des écosystèmes à se restaurer. »

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Dans le Var, 300 espèces en danger 

Et qui dit environnement touché, dit animaux en danger. Dans le Var, un département du Sud de la France, un important incendie a dévasté en trois jours la moitié de la réserve naturelle de la Plaine des Maures, soit près de 5 000 hectares. « Je marche sur un épais tapis de cendre, le paysage est décharné à perte de vue, décrit Hélène Camoin, du Conservatoire d’espaces naturels de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dépêchée sur place. C’est dramatique pour les 300 espèces animales et végétales qui y vivent. En particulier pour les populations de tortues d’Hermann. »

Le paysage désolé de la Plaine des Maures, dont 5 000 hectares ont brûlé, en août 2021.
Le paysage désolé de la Plaine des Maures, dont 5 000 hectares ont brûlé, en août 2021. © Thibaut Morra – CEN PACA

Cette espèce protégée de tortue terrestre, la dernière d’Europe, ne réside en France que dans le Var et en Corse. L’incendie risque de lui faire payer un lourd tribut : en 2017, un premier feu avait déjà tué 80% des 10 000 tortues de la réserve. « On s’attend à un taux de mortalité similaire cette année, redoute Hélène Camoin. La fréquence des feux devient vraiment problématique. Si les incendies sont récurrents, c’est sans espoir pour les populations animales déjà fragilisées. »

Wapiti, cerf-élaphe, chèvre sauvage… 

Alors que les feux australiens ont tué en 2019-2020 près de trois milliards d’animaux, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a commencé à lister les espèces les plus touchées par les incendies en Europe cet été. En Grèce, où 55 000 hectares ont brûlé, contre 1 700 en moyenne, on redoute l’affaiblissement du cerf-élaphe, le plus grand cervidé des forêts européennes, en danger critique d’extinction.

En Turquie, ce sont les espèces du lynx du désert et de la chèvre sauvage égagre qui ont été les plus fragilisées par les récents incendies des provinces de Mugla et d’Antalya, à l’ouest et au sud du pays. En Russie, on s’inquiète pour le wapiti, un renne sauvage, l’ours brun, le chevreuil, le glouton, le lynx ou encore l’écureuil volant des forêts sibériennes, dont 15 millions d’hectares sont partis en fumée. Et la liste est longue…  

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« Les incendies font peser un lourd danger sur la faune sauvage, déplore Céline Sissler Bienvenu. Les animaux peuvent être brûlés ou intoxiqués par les fumées. » Si la majorité des espèces parvient généralement à s’enfuir, alertée par l’odeur du feu, les animaux les moins rapides sont particulièrement en danger. « À court terme, les reptiles et les amphibiens font partie des plus touchés par les feux, puisqu’ils sont trop lents pour s’enfuir, explique Céline Sissler-Bienvenu. Ils cherchent à se protéger en s’enterrant, ou en se cachant sous des troncs et des rochers, à condition qu’il y en ait à proximité. »

Dans la zone inspectée par Hélène Camoin et son équipe, les 26 tortues d’Hermann retrouvées vivantes s’étaient ainsi réfugiées sous des rocs pour se préserver de la chaleur et de la fumée. Mais ce repli n’est pas toujours possible, et la fuite des animaux peut également être empêchée par des obstacles naturels ou parce qu’ils sont désorientés par la fumée.

Mettre en place des protocoles de sauvetage pour les animaux sauvages

Avec l’IFAW, Céline Sissler-Bienvenu milite pour le développement d’un protocole de sauvetage des animaux sauvages blessés lors des incendies et la mise en place d’escouades spécialisées. « Je comprends que la priorité soit donnée à l’humain lors des catastrophes, affirme-t-elle, mais il serait bien que le secours immédiat donné aux animaux se développe davantage. Lorsqu’on voit l’effondrement la biodiversité, il est important de limiter les risques pour les animaux sauvages et de tout faire pour en sauver le plus possible. »

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D’autant que les animaux sauvages blessés pâtissent souvent de la bonne volonté des humains qu’ils croisent sur leur chemin : des gestes de soin mal exécutés aggravent les blessures et en provoquent de nouvelles. D’où l’importance pour l’IFAW de mettre en place des équipes de soigneurs formés au secours animalier. « Si vous êtes confronté à un animal blessé, martèle Céline Sissler-Bienvenu, il vaut mieux appeler les autorités plutôt que d’essayer de l’aider et risquer de lui faire du mal. »

Des milieux naturels bouleversés sur le long terme

Mais au-delà de ces conséquences immédiates, les incendies bouleversent les milieux naturels sur le long terme. Une fois éteinte, la zone dévastée ne redevient pas en effet forcément habitable pour les espèces qui la peuplaient. « Après un feu, les plans d’eau sont contaminés par de la suie et sont impropres à la consommation, expose Cécile Sissler-Bienvenu. La végétation est détruite. Sans ressources alimentaires, les animaux sont vulnérables et ils doivent se déplacer vers un territoire préservé, ce qui leur fait courir des risques, comme traverser une route par exemple. »

Privés d’un habitat adéquat, certains animaux, notamment des oiseaux, des amphibiens et des reptiles, suspendent même leurs cycles reproductifs, un danger supplémentaire pour la survie des espèces. « La tortue d’Hermann met dix ans à atteindre sa maturité sexuelle, soupire Hélène Camoin. Si les individus rescapés suspendent leur reproduction, faute de bonnes conditions, ou si le ratio entre les sexes des survivants n’est pas équilibré, les populations ne se reproduiront plus et on perdra en viabilité. »  

Les associations essaient donc de restaurer les écosystèmes brûlés en plantant de la végétation et en surveillant les zones préservées. « Certains sites ont été épargnés par le feu, cela nous laisse donc un espoir, conclut Hélène Camoin. Mais à l’avenir, il faudra qu’on soit très vigilants, car ils représentent le dernier espoir pour l’espèce. La fréquence des futurs incendies sera déterminante. »

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kadi

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