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(rfi.fr)Tigré: les forces rebelles sont entrées dans Mekele, l’Éthiopie décrète un cessez-le-feu

 (rfi.fr)Tigré: les forces rebelles sont entrées dans Mekele, l’Éthiopie décrète un cessez-le-feu

Le gouvernement éthiopien a décrété lundi soir un « cessez-le-feu unilatéral et inconditionnel » au Tigré, où les forces loyales aux anciennes autorités de la région (TPLF) ont repris la capitale Mekele, ont rapporté plusieurs médias d’État.

Les soldats fédéraux avaient quitté leur base de Mekele aux alentours de 16 heures ce lundi et avec eux, les membres de l’administration provisoire mise en place par Addis-Abeba.

Les communications ont été coupées. Les téléphones satellites des organisations humanitaires ont même été confisqués par les soldats éthiopiens. Mekele est donc une nouvelle fois coupée du monde. Un vent de panique s’est d’abord emparé de la ville, assurent des sources humanitaires, avec notamment de nombreux pillages.

Ensuite, en début de soirée, les forces tigréennes ont investi la ville. Des cris de joie et des feux d’artifice ont été entendus à Mekele.

Un cessez-le-feu a été demandé par l’administration provisoire qui a donc elle aussi battu en retraite. Officiellement, les responsables régionaux appellent à un cessez-le-feu pour permettre aux agriculteurs de labourer et à l’aide humanitaire de circuler.

« Afin que les agriculteurs puissent cultiver paisiblement, que l’aide humanitaire puisse être distribuée en dehors de toute activité militaire, que les forces résiduelles du TPLF puissent reprendre le chemin de la paix (…), un cessez-le-feu unilatéral et inconditionnel a été décrété à compter d’aujourd’hui, 28 juin, jusqu’à la fin de la saison des cultures », a annoncé le gouvernement éthiopien dans son communiqué.

Pour survivre coûte que coûte, Gebre Gebremeskel a décidé de labourer son champ.
Pour survivre coûte que coûte, Gebre Gebremeskel a décidé de labourer son champ. © Sébastien Nemeth / RFI

Le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait se réunir vendredi

Mais ce cessez-le-feu a été refusé à de nombreuses reprises par les différents acteurs du conflit.

Tout porte à croire que c’est cette nouvelle configuration militaire qui a poussé le gouvernement éthiopien à envisager des négociations. À Addis-Abeba, certaines ambassades occidentales ont été contactées pour préparer des négociations sur un éventuel cessez-le-feu.

Dans la foulée de ces évènements, les États-Unis, l’Irlande et le Royaume-Uni ont demandé une réunion d’urgence publique du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Tigré, ont confié des sources diplomatiques à l’AFP. Cette réunion pourrait se tenir vendredi. Il revient à la France, présidente en exercice du Conseil de sécurité en juillet, de fixer sa date et son heure précises.

Enfin, l’Unicef accuse l’armée éthiopienne d’avoir détruit lundi au Tigré ses équipements. « Des membres des Forces de défense nationale éthiopiennes sont entrés aujourd’hui dans notre bureau à Mekele, dans le Tigré, en Éthiopie, et ont démantelé notre équipement satellitaire VSAT », a affirmé le Fonds des Nations unies pour l’enfance.

■ Un transport commercial qui vit dans la peur permanente

Avec notre envoyé spécial à Mekele, Sébastien Németh

La province du Tigré est plongée dans l’insécurité depuis le début du conflit en novembre. Sur les routes, tout peut arriver. Commerçants et transporteurs routiers sont confrontés au danger.

Dans le quartier du marché, les camions chargent et déchargent les fruits et légumes pour les distribuer en divers endroits de la province. Mais sur la route, le danger est partout, surtout pour les conducteurs tigréens qui craignent de croiser des soldats.

Gebreyesus vient de se faire arrêter. Il a tout perdu. « J’ai acheté un camion et 160 sacs d’oranges dans le centre du Tigré pour 7 000 dollars. Les Érythréens et l’armée fédérale m’ont arrêté sur la route et ils ont tout volé. Ils m’ont gardé pendant deux jours et ont menacé de me tuer. Ils me soupçonnaient de vouloir aider les rebelles. Lorsqu’ils m’ont relâché à pied, je les ai vus distribuer les oranges à tout le camp militaire. Maintenant je n’ai plus rien. Je dépends de ma famille pour survivre. Je ne retournerai jamais là-bas. Ils ont pris mon nom et une photo de moi. »

Étant donnée la terreur inspirée par les soldats érythréens et éthiopiens, les commerçants ne peuvent parfois plus utiliser de chauffeurs locaux. Gabriwats est grossiste à Mekele depuis vingt ans. « Les producteurs exigent maintenant qu’on les paye avant livraison. Car on ne sait pas ce qui se passera sur les routes. Parfois il y a des attaques, parfois des blocages et les fruits pourrissent. Quant à nos chauffeurs tigréens, ils ne peuvent plus aller dans certaines zones. Ils ont trop peur. Nous devons engager des Amharas, car eux n’ont pas de problème. » 

Outre l’insécurité, le conflit a bouleversé toute l’économie. Les pénuries et les destructions ont fait flamber les prix. Une double peine pour les professionnels du secteur.

Un car détruit au bord d'une route, dans la région du Tigré.
Un car détruit au bord d’une route, dans la région du Tigré. © RFI/Sébastien Nemeth

houssainatou

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