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(rfi.fr)Festival de Cannes: la rage de Nadav Lapid et «Le Genou d’Ahed», l’urgence d’un film.

 (rfi.fr)Festival de Cannes: la rage de Nadav Lapid et «Le Genou d’Ahed», l’urgence d’un film.

Avec Le Genou d’Ahed, le réalisateur israélien Nadav Lapid, 46 ans, a fortement secoué et impressionné le Festival de Cannes, et bien au-delà. En lice pour la Palme d’or, il s’agit d’un film en partie autobiographique, politique et poétique, toujours sur le fil du rasoir, entre manifeste politico-cinématographique, documentaire radical et parabole théâtrale. Publicité

La scène du début est aussi violente que sordide. Emprisonnée par l’armée d’occupation, convoquée dans un bureau qui ressemble à un commissariat, la jeune militante palestinienne Ahed est confrontée à son passé. À 16 ans, elle a giflé un soldat, sa sœur et son frère ont été tués par l’armée, son père jeté en prison. Pour en finir avec ses activités contre l’ordre établi et la machine répressive du gouvernement, un agent de l’État revendique de lui tirer une balle dans la rotule pour l’assigner à résidence à vie.

Ainsi, le genou d’Ahed fait sa grande entrée dans l’histoire. Cadrée comme une personnalité en gros plan, cette partie clé pour chaque mouvement du corps se met à danser et chanter. « Où est ta victoire ? Dans le martyre. » Que la folie commence…

Quand le réalisateur et les soldats atterrissent en même temps

Très doucement, on s’aperçoit que tous les faits racontés sont bel et bien réels. Mais, en même temps, on se trouve dans le casting du nouveau film du réalisateur Y. Ce dernier, visiblement fauché et très atteint par le cancer de sa mère, accepte de projeter son plus célèbre film dans une petite ville de 3 000 habitants en plein désert. Et ce n’est pas anodin que le petit avion de ligne qui amène Y dans le désert d’Arava, transporte en même temps des soldats censés défendre les territoires occupés.

Car, loin de tout, la répression ressentie s’avère être la même. Même dans ces contrées reculées, Israël, dénoncé par Y comme « un État juif nationaliste et raciste », recadre et opprime chaque opinion divergente, exige de chaque artiste de remplir un formulaire avec les thèmes abordés. Sur place, le réalisateur engagé est accueilli par Yahalom (Nur Fibak, magnifique), jeune, belle, intelligente et incroyablement séduisante. Sa passion pour les livres et sa conviction de la culture comme moyen de libération et d’émancipation ont boosté sa carrière. Elle a été nommée directrice adjointe des bibliothèques au ministère de la Culture. Un poste qui l’oblige à exécuter des ordres complètement contre ses convictions.

Cet État qui « vomit tout ce qui est différent »

C’est sur ce terrain ou plutôt sable mouvant que Nadav Lapid, lauréat de l’Ours d’or 2019 pour Synonymes, construit son scénario d’une efficacité redoutable et diabolique. Quand Y raconte à Yahalom ses terribles expériences de bizutage et de tortures pendant le service militaire, personne ne peut deviner son rôle dans cette histoire. Dans cet espace entre ce qu’on affiche et ce qu’on cache, Nadav Lapid déconstruit la société israélienne et cet État qui « vomit tout ce qui est différent ». 

Certes, le film prend un point de vue très clair, mais malgré ses charges répétées contre la politique de l’État d’Israël, il évite d’être manichéen. Il met en évidence à quel point les citoyens israéliens s’entredéchirent et s’autodétruisent, et fait apparaître le degré de méfiance, de mépris et d’agression assimilés par chacun à cause de la politique d’oppression imposée.

Quand Nadav Lapid fait danser la caméra

Le jeu de la caméra du réalisateur israélien est extraordinaire. Il rend chaque plan vivant, surprenant, déroutant. Écrit en seulement deux semaines et tourné avec très peu de moyens, le résultat est bluffant d’intelligence et d’inventivité. Pour certaines séquences, Lapid fait danser la caméra, en accord avec le jeu d’acteur très sensible d’Avshalom Pollak, d’ailleurs aussi chorégraphe et directeur artistique d’une compagnie de danse. Scène par scène, image par image, il nous surprend ou nous fait rire : par exemple quand il marque son territoire en faisant pipi sur le sable. À sa mère mourante, il envoie le coucher du soleil avec la dédicace « la dernière minute de ce jour ». Quelle belle métaphore pour l’urgence de ce film.

► À lire aussi : Festival de Cannes: une cérémonie d’ouverture glamour pour briser la malédiction du Covid

kadi

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