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Malaisie: l’ascension sans élections du Premier ministre Ismail Sabri pose bien des questions

 Malaisie: l’ascension sans élections du Premier ministre Ismail Sabri pose bien des questions

La Malaisie a désormais un nouveau Premier ministre : Ismail Sabri Yaakob. Alors que le pays de l’Asie du Sud-Est se bat depuis trois mois contre le variant Delta, ce nouveau chef du gouvernement est arrivé au pouvoir sans élections, mais pas sans controverses. Publicité

De notre correspondante à Kuala Lumpur,

C’est une arrivée au pouvoir hors norme, à la mesure d’une situation sans précédent. Voilà un an et demi que s’éternise en Malaisie une crise politique intérieure tandis que la pandémie de Covid-19, elle, reste toujours hors de contrôle. Au milieu de ce chaos, Ismail Sabri, homme politique que peu imaginaient à la tête du gouvernement avant la semaine dernière, est donc arrivé au pouvoir : sans élections, mais sans non plus bafouer les lois du pays.

Car la Malaisie est une monarchie parlementaire, à l’image du Royaume-Uni qui l’a colonisée. Le Premier ministre est donc toujours nommé par le roi, qui choisit le chef de la majorité parlementaire après les élections législatives. Mais les lois qui régissent ce régime politique ont été mises à rude épreuve depuis l’arrivée du coronavirus : d’incessants retournements de vestes des députés et de nouvelles alliances au Parlement ont provoqué une situation inédite, avec d’une part un Premier ministre qui n’était plus soutenu par la majorité des députés, mais d’autre part l’impossibilité d’organiser de nouvelles élections. Cela, car le variant Delta y fait rage.

À deux reprises, le roi de Malaisie a donc demandé aux députés de choisir eux-mêmes un nouveau chef du gouvernement. D’abord en mars 2020, avec l’arrivée au pouvoir de Muhyiddin Yassin. Mais sans l’appui d’élections législatives, la légitimité de ce dernier n’a pas manqué d’être questionnée par les partis d’opposition, avant finalement d’être mise en péril par un énième changement de la majorité parlementaire mi-août 2020. Pour la deuxième fois en moins de deux ans, le roi Adbullah a donc demandé aux députés de faire savoir le nom du Premier ministre qu’ils souhaitaient voir à la tête du pays. Cela permettant à Ismail Sabri d’arriver au pouvoir. 

Cette façon de choisir un nouveau chef du gouvernement n’est certes pas interdite par la Constitution – celle-ci ne détaille pas la marche à suivre en temps de pandémie mondiale. Mais elle reste impopulaire, car certains électeurs ont pu ainsi voir le député qu’ils ont élu lors des dernières élections changer de bord politique. 

 À lire aussi : Malaisie: derrière le mouvement des drapeaux noirs, la colère d’une jeunesse désabusée

Une image de suprémaciste malais

Les partis qui soutiennent Ismail Sabri rappellent de surcroît de mauvais souvenirs aux Malaisiens. Car le nouveau Premier ministre appartient à l’Organisation nationale unifiée malaise (UMNO) : ce parti historique a régné sur la Malaisie de son indépendance en 1957 jusqu’en 2018, année où le gigantesque scandale de corruption 1MDB a éclaté, révélant le détournement de 4,5 milliards de dollars d’argent public. Depuis, ce parti est affilié à une image de kleptocrate que les Malaisiens ont sévèrement condamnée dans la rue, puis dans les urnes, en le chassant du pouvoir lors des dernières élections en 2018… pour le voir y revenir trois ans plus tard.

Autre image qui est régulièrement accolée au parti du nouveau Premier ministre : celle d’être favorable à un suprémacisme malais – l’ethnie majoritaire dans le pays de religion majoritairement musulmane (à la différence de « Malaisien », qui désigne tous les citoyens du pays, quelle que soit leur ethnie, religion ou origine). Les 30% de Malaisiens d’origine chinoise ou indienne ne voient donc pas d’un très bon œil Ismail Sabri qui a, par le passé, invité les Malais à boycotter les commerces des minorités ou mis en place des centres commerciaux réservés aux vendeurs malais : ceux-ci ne payaient pas de loyer pour s’y installer.

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Mais le nouveau Premier ministre a semblé vouloir faire oublier cela dans sa première allocution : « Nous faisons tous partie d’une famille malgré la diversité des religions, des races et des ethnies. […] Nous nous complétons et avons besoin les uns des autres comme les différentes parties d’un même corps », a-t-il assuré dimanche 22 août.

Le Parti islamique, favorable aux talibans, aux portes du pouvoir

Le soutien apporté par le Parti islamique à Ismail Sabri est également vu avec méfiance. Surtout depuis les félicitations que cette formation a adressées aux talibans après leur prise de pouvoir en Afghanistan. Si ce soutien aux talibans n’est certes pas nouveau, le contexte, lui, l’est : ces dernières décennies, le Parti islamique était surtout influent à l’échelle locale et a rarement fait partie des coalitions au pouvoir. 

Il est aujourd’hui plus proche que jamais du pouvoir en Malaisie et le rôle que lui réservera Ismail Sabri dans son administration est donc crucial. Reste également à voir comment la présence d’un parti soutenant les talibans parmi la majorité parlementaire malaisienne influera la perception du pays sur la scène internationale.

La tâche qui attend Ismail Sabri semble donc ardue : le neuvième Premier ministre de la Malaisie est attendu au tournant et devra tout à la fois sortir le pays de la paralysie économique provoquée par un Covid-19 toujours incontrôlable, redonner à la Malaisie le poids régional diplomatique et financier ce qu’elle a en partie perdu après des mois d’incertitudes politiques… tout en résistant aux luttes de pouvoir internes au sein de sa coalition et à la colère de la rue. Cela jusqu’aux prochaines élections, qui auront lieu au plus tard en mai 2023. 

 À lire aussi : Malaisie: aux origines d’une crise politique qui ne cesse de s’aggraver

kadi

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